Sunday, 21 October 2012

Analyses d'images Kertész







J’ai fait analyser à mes élèves futurs professeurs des écoles cette reproduction de la photographie « LA FOURCHETTE » de André KERTESZ. (1926 ou 28 )




 
Cette œuvre figure dans la liste indicative du Ministère en arts visuels/plastiques. C’est incontestablement un chef-d’œuvre, mais un chef d’œuvre austère qui ne flirte pas avec l’exubérance du baroque, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je copie et colle ci-dessous six analyses.
Elles sont dans l’ordre  qui me convient le mieux, de la plus classique et simple à la plus olé olé.
Ces textes sont donc de type assez différent à chaque fois.
Vous ne pourriez lire qu'un des cinq premier, mais lisez le sixième pour comprendre la raison de cette présentation.
(Le septième celui de Chantal, il est une réponse fantaisiste et humoristique au mien, le mien est le sixième.)
Mon "analyse poétique" a été écrite par réaction lorsque les copies des élèves commençaient à m’ennuyer tant elle se ressemblaient. Mon humeur de correcteur bouillait.
Mon texte n’est pas un modèle, mais il a l’avantage de parler de tout dans le désordre, du cadrage, de la lumière, de la table, du hors champ, des ombres, du contexte. Cela de manière bien plus agréable, me semble-t-il, que les simples réponses à un formulaire d’analyse qui fatigue le correcteur.

Je me demande tout de même si mes tous mes collègues d’arts plastiques sont de mon avis ?
En tout cas, quelques excellents professeurs de français plutôt sensibles aux arts adhèrent et notent généreusement, une analyse de ce type.

Après avoir lu devant une classe ces six "analyses", je réussis à booster certains élèves pour une autre analyse d’une image/œuvre. J’obtiens des résultats surprenants… Ils sont vraiment satisfaits de leur écriture, tellement plus que de suivre une trame qui bien sûr peut dire les mêmes choses autrement.

(J’ai moi aussi une trame/questionnaire/main-courante d’aide à l’analyse. Je vais la publier dans l’article suivant.)


Premier texte.

  • photo noir et blanc d’un objet assez simple, mais proposition esthétique de l’objet quotidien
  • composition : diagonale qui coupe la cadre en deux parties symétrique, fourchette au centre du cadre, mais n’est finalement pas le véritable sujet
  • ombre : traitement intéressant car sa trajectoire se trouve modifiée par un obstacle (assiette) Impression de déformation, de distorsion, agrémentée par les stries des dents de l’outil
  • contraste : ombres sur le manche plus ombre de l’assiette creuse
Anne.
(La liste et les tirets, l’énumération, le pire de tout !)

 
Deuxième texte.

Le document proposé est la reproduction d’une photographie d’André Kertesz, « Fourchette », datée de 1928. Il n’y a pas d’informations sur le format.
Cette photographie, en noir et blanc, représente une fourchette posée retournée sur le bord d’une assiette : il s’en dégage une impression de dépouillement total.
L’assiette, dont on ne voit qu’un coin, forme une ligne courbe qui est brisée par celle, droite et oblique, matérialisée par la fourchette : photographiée quasi entièrement, cette dernière est donc l’objet principal d’où le titre.
On peut insister sur le jeu d’ombre et lumière : chacun des deux objets est doublé par son ombre, chacune très nettement dessinée ; d’ailleurs, en analysant le placement de cette dernière, on peut supposer que l’éclairage est disposé au dessus de la scène et que la lumière est projetée verticalement par rapport aux objets.
A ce jeu d’ombre s’oppose la lumière, et notamment le reflet scintillant sur la fourchette, d’autant mieux mis en valeur par la couleur sombre de l’objet.
Marie.


Troisième texte.

Nature morte à sujet constitué d’objets inanimés
Photographie en noir et blanc.
Durant la période de l’entre 2 guerres la photographie a envahi la presse illustrée et trouve sa place au sein de l’art des avants gardes.
Description : Fourchette toute simple posée sur le bord d’une assiette, avec son ombre. C’est le dépouillement même Il y une certaine sensibilité qui se dégage.
·      Les courbes de la fourchette et de l’assiette atténuent l’agressivité des fourches.
·      La lumière est focalisée sur la fourchette. On remarque d’ailleurs son ombre sur la table  et une autre à l’intérieur de l’assiette (phénomène optique).
·      Plans : Nous avons un gros plan sur la fourchette, on se focalise sur elle.
·      Cadre : on a cadré de façon à ce que l’on ne voir rien d’autre autour. L’objectif devait être très près.
·      Couleur : noir et blanc nuance de gris (différents tons). Autour de la fourchette il plus de clarté et des tons plus clairs car la lumière arrive dessus.
C’est une immersion dans le monde matériel. Ce qui fait de cet ustensile quotidien un objet d’art à part entière, flottant au dessus de son assiette comme en suspension.
Il y  de la préméditation car cela oblige le regard à s’attarder sur la composition pour distinguer chaque chose et la nommer alors que certains objets communs (comme ici la fourchette) passent inaperçus dans notre quotidien.
Cette photo fait avancer notre manière de voir.
Cette photo est d’actualité car il y a actuellement un exposition sur ce photographe à la Maison Européenne  de la Photographie  jusqu’au 31  décembre.
Natacha.

 
Quatrième texte.

Il s’agit d’une photographie noir et blanc de format paysage, avec pour cadrage un gros plan et une prise de vue en plongée.
On observe une fourchette dont les bouts reposent l’un sur le support qui semble être une table, un sol et l’autre sue l’assiette.
On observe aussi un jeu d’ombre produit par de l’éclairage, en effet l’ombre de la fourchette commence sur la table et se termine dans l’assiette. En outre l’ombre de la fourchette projeté sur le support entre en fusion avec celle de l’assiette. Par conséquent Kertesz a éclairé sa composition de deux manières, une source lumineuse venant d’au-dessus de la fourchette et une autre venant du nord-ouest, du coin gauche en haut en regardant la photo. C’est grâce à la combinaison de ces deux éclairages que les ombres de la fourchette et de l’assiette fusionnent sur le support.
Kertesz a donc utilisé des objets communs  pour sa composition, il peut s’agir d’une forme de présentation comme le fait Christo avec ses emballages, Arman, les surréalistes…
Cependant on peut s’apercevoir que comme dans les plans de Cocteau ici la lumière joue un rôle essentiel, en l’utilisant de certaines façon elle permet de d’exprimer des sentiments, atmosphère, de présenter des traits particuliers, de créer de l’ombre qui peut être utilisé pour composer comme dans les activités de théâtre d’ombre ou sur la composition de Kertesz.
Eric.

 
Cinquième texte.

 Ce document nous présente une photographie d’André KERTESZ photographe américain d’origine hongroise (1894-1985), intitulée « Fourchette » et datant de 1926.
Cette photographie en noir et blanc est de nature expressionniste. Elle représente une fourchette faite d’un métal quelconque reposant sur le rebord d’une assiette elle-même constituée dans un matériau spécifique et le tout est posé sur une table que l’on peut supposer être de bois. Il y a ici, par cette succincte description, un rapport à la matière qui s’exprime. La mise en scène simple et la recherche subtile dans le choix du cadrage et des effets de contrastes n’est pas sans rappeler certains travaux de Henri Cartier-Bresson.
Par cette photographie, le regard du photographe exprime quelque chose de somme tout banal de la réalité quotidienne (dans l’idée de départ) en quelque chose d’artistique au final. Dès lors, il ressort selon moi quatre idées essentielles quant à l’analyse de ce document.
Premièrement : la photographie devient complètement autonome, on en vient à oublier qu’elle pourrait faire partie à l’origine d’un ensemble plus vaste organisé dans le cadre d’un dîner par exemple, avec des convives autour de la table et d’autres ustensiles divers.
Deuxièmement : la matière se donne du sens et crée une émotion.
Troisièmement : l’invisible ou l’anecdotique dans le quotidien et le banal devient visible et expressif.
Quatrièmement : la photographie prend un sens encore plus conceptuel, elle devient une « abstraction » de formes géométriques où l’on devine un empilement de cercles et d’ovales, de triangles et de rectangles qui lui donne une importance autre qu’illustrative.
Enfin, il est également à souligner toute l’importance du noir et blanc et de la lumière dans la construction de jeux d’ombres et de dégradés pouvant déboucher sur une exploitation pédagogique pertinente.
David.

 

Sixième texte.

Une fourchette très propre regarde discrètement par-dessus son assiette propre.
Elle est en paix.
Mademoiselle fourchette tirée à quatre épingle, heu.., à quatre dents…
Elle est en trêve…
Mademoiselle Fourchette espère qu’on lui reprenne la main.
Pas de main  sur cette table rase, pas de bouche  dans le champ, pas de soupe dans cette assiette amputée.
La fourchette propre placée à droite de la convive attend sur le dos, ce n’est pas celle que l’on voit.
Celle-ci, sur le ventre, en l’équilibre tendu du gymnaste n’expose pas sa fatigue. Dans cette posture polie, cette svelte Demoiselle retournée a déjà fait quelques allers et retours vers les dents… Pourtant pas une miette d’aliment ne laisse présager qu’elle est allée se fourrer dans une bouche délicate.

Un éclairage violent d’orage la cloue au sol, la dédouble, lui casse les dents sur le rebord de l’assiette, ça lui donne des airs de star au firmament de la table bien mise.
Attend-t-elle le plat principal sans l’assiette plate qu’elle a oublié.
Fraction d’assiette dis-moi ce que tu contiens et je te dirai de ma bouche ce que j’aime en toi.
Table sans set, sans verre à voir, vous avez la rigueur d’une meurtrière, d’un Juda.
Ma vue de rectangle serré te captive belle diagonale ondulée.
Monsieur Kertesz, laissez-moi voir votre hors champ !
Parlez-moi des trois quarts de cette assiette convoitée, personnage secondaire en marge de votre souci de valoriser cette élégante croupe tendue comme un ressort qui attend sagement et proprement la becquée.
Fourchette peut-être lassée d’être l’ascenseur des bouchées double de cette vieille Demoiselle seule à table ?
«  Elle s’est momentanément éloignée de sa chaise pour du sel ! »
Du sel qui la libérera de se cessez-le-feu qui commence à peser sur ses fines dents arc-boutés sans fin.

Gilbert.


Bonjour Gilbert!!!

Ton texte m'a fait réagir....ou plutôt une infortunée fourchette, manufacturée en série, au destin banal, qui, néanmoins dispose d'une sacrée gouaille !!
Petite parenthèse, je ne connaissais pas Kertesz… ni ses écrits, ni ses œuvres photographiques.

"Non mais! Pour qui se prend elle avec ses airs snobs?
Une fourchette poétesse?!
Ben voyons! Elle a de quoi se le permettre! Madame roule  en écrin de velours alors que moi, humble couvert en inox et plastique made in china,  suis jetée négligemment au fond d'un tiroir poisseux en compagnie d'un tire-bouchon fendu, d'une cuillère tordue et d'un couteau à la lame émoussée (fort heureusement! car, on ne peut imaginer ce que ce dernier serait capable de fomenter comme coup bas! Un coup de couteau dans le dos à la moindre baisse de vigilance n'est pas à écarter)

Pour nous, couverts prolétaires, point de caviar, de parfait de foie gras, de canard laqué, de dinde truffée, de terrines de poisson, de sanglier à la broche, de coq au riesling, de fricassée de grenouilles, d'oie farcie rôtie, de civet de lièvre, de filet mignon, de sauté de veau, d'huîtres gratinées, de noix de Saint-Jacques flambées, de mille-feuilles de rouget, de gésiers confits, de tartes aux cèpes, de poulet chasseur à la sauce tomate, de cassolette d'escargots, de salade périgourdine, de boudins poêlés, de pâtés, de blinis, de clafoutis, de soufflés, de gratins, de toasts, de beignets, de mousses, de filets , de potages, de sauces aux morilles et autres, de papillotes mais une soupe aux vermicelles ou des fayots saluent nos jours de fêtes.

Madame sort de chez Couzon ou Cristofle...les jours fastes, je ne puis compter que sur un coup d'éponge pour me redonner un peu d'éclat.

Alors, pour une fois, qu'elle se retrouve en face d'une assiette vide...effroyablement vide, nous n'allons pas nous en attendrir.
Madame veille jalousement à sa croupe et à son allure élancée, et bien, que diable, une petite diète ne pourra lui nuire!"

Chantal de Madagascar.





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